Le 180° opéré par la Commission permanente de vaccination (STIKO) sur le vaccin contre le papillomavirus ne passe pas inaperçu : désormais, les garçons de neuf à quatorze ans sont concernés. Jusqu’à présent, la recommandation s’arrêtait aux filles. Cette évolution n’est pas un simple détail de calendrier vaccinal, c’est un pas de plus dans la prévention des cancers liés au VPH.
Pourquoi les garçons devraient-ils également être vaccinés ?
La vaccination contre le papillomavirus humain, souvent présentée comme celle « contre le cancer du col de l’utérus », a longtemps laissé croire qu’elle ne visait que les femmes. Pourtant, le champ d’action du VPH dépasse largement ce cancer. Les scientifiques et les médecins le répètent : le virus responsable de nombreux cancers touche aussi les hommes.
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Vaccination contre le VPH
Gardasil, c’est le nom du vaccin le plus courant, occupe le terrain depuis des années. Sa dernière version, dite « neuf valent », cible sept types de VPH à haut risque. Ces variants ne se contentent pas d’attaquer le col de l’utérus : ils menacent également le vagin, le pénis, l’anus, la bouche ou encore le pharynx. Ce n’est donc pas seulement une affaire féminine. Les garçons, eux aussi, peuvent se retrouver confrontés à ces cancers. Les protéger par la vaccination, c’est anticiper, couper court à des maladies évitables.
Autre point à ne pas négliger : Gardasil protège également contre deux versions du VPH à faible risque, HPV 6 et 11. Ces derniers ne provoquent pas de cancer, mais ils sont derrière la majorité des verrues génitales, parfois redoutablement tenaces, qui peuvent apparaître sur différentes parties du corps. Et le traitement de ces verrues ? Long, complexe, rarement anodin. Voilà une autre bonne raison d’étendre la vaccination.
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Protection vaccinale pour les garçons = protection accrue pour l’ensemble de la population
Ce n’est pas qu’une question de bénéfice individuel. Protéger les garçons, c’est renforcer la protection collective. Le mode de transmission du VPH, principalement par voie sexuelle, fait que chaque personne vaccinée contribue à freiner la circulation du virus. Des chercheurs ont simulé l’impact de la vaccination masculine : chaque année, des milliers de cancers pourraient être évités si les garçons étaient vaccinés au même titre que les filles.
Harald zur Hausen, prix Nobel et pionnier dans la découverte du lien entre VPH et cancer du col de l’utérus, a commenté les nouvelles recommandations : « Les hommes ont plus de partenaires sexuels âgés de 15 à 40 ans que les femmes du même âge, partout dans le monde. Ils sont donc considérés comme des vecteurs majeurs de l’infection. Pour contrer durablement ces maladies, il faut vacciner les deux sexes dès le plus jeune âge. »
Quel est l’impact de la recommandation de vaccination ?
Prochainement, le Comité fédéral mixte (ACS) tranchera : la recommandation de la STIKO deviendra-t-elle une obligation pour les caisses d’assurance maladie ? Les signaux sont au vert, l’ACS suit presque toujours les préconisations de la commission. Certaines mutuelles ont déjà pris les devants et prennent en charge la vaccination contre le VPH pour les garçons. Le mouvement est lancé.
Qu’est-ce que le taux de vaccination ?
La vaccination contre le VPH est proposée aux filles depuis 2007. Pourtant, en Allemagne, la défiance reste palpable, même si les études démontrent la sûreté et la bonne tolérance du vaccin. En 2015, moins de la moitié des jeunes filles de 17 ans étaient vaccinées. Plusieurs freins s’entremêlent : les rendez-vous vaccinaux sont rarement programmés entre neuf et quatorze ans, période recommandée pour le VPH. Beaucoup de pédiatres ne l’intègrent pas systématiquement à leur pratique. Quant aux gynécologues, la plupart des filles n’ont pas encore franchi leur porte à cet âge. Pour bien des parents, évoquer une infection sexuellement transmissible à neuf ou dix ans semble incongru. Pourtant, c’est précisément avant tout début de vie sexuelle que le vaccin offre la meilleure protection.

La détection précoce est et reste importante
On lit souvent que la vaccination protège « contre le VPH ». En réalité, le vaccin cible les souches les plus dangereuses ou fréquentes, mais il n’élimine pas tous les risques, car il existe de nombreux types de VPH. C’est pourquoi il demeure indispensable pour les filles et les femmes de maintenir un suivi régulier. Les données commencent toutefois à parler : les premières études sur le long terme montrent une baisse nette des cas de cancer chez les personnes vaccinées par rapport au groupe non vacciné. Cette prévention conserve son intérêt même après 18 ans, même si, passé cet âge, la prise en charge du vaccin reste majoritairement à la charge de la personne concernée.
Face à la progression des connaissances et à l’élargissement de la vaccination, il y a fort à parier que la prochaine génération accueillera le VPH avec beaucoup moins d’inquiétude. L’histoire ne s’arrête pas là : elle s’écrit, injection après injection.

